La Sorcière de Porquerac
Seuil jeunesse
 

La critique de Sophie Pilaire sur le site de ricochet

"Au début du XVIe siècle, Camée est la fille d’une mère seule, lingère qui travaille dur pour assurer le quotidien. Belle et solitaire, la jeune Camée aime se réfugier dans la forêt et connaît le pouvoir des plantes. Le fils du seigneur, Gontrand, tombe amoureux d’elle. Mais elle lui préfère Jehan, fils de paysan dont elle devient l’amante. Surprise à avoir soigné son aimé d’une vilaine blessure, elle est convaincue de sorcellerie. Jehan meurt de tristesse. Camée s’enfuit, accouche d’un petit garçon, avant d’être rattrapée et brûlée vive. Récupéré par un bon abbé, le nourrisson va vivre.

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Dans ce roman d’une grande densité, nous frissonnons des aventures de Camée et Jehan, héros tragiques qui font malgré eux leur propre malheur. Suivant un déroulement linéaire assez simple, un narrateur externe emprunte les pensées des uns et des autres, sauf… celles de Camée la belle mystérieuse. L’écriture est riche, maîtrisée, et le fonds très documenté, accompagné d’un petit dossier final. L’intrigue ne manque pas d’émouvoir, que ce soit le présent dramatique de l’héroïne, le passé douloureux de sa mère, ou celui de la défunte femme du seigneur.

Le tout pourrait être un très classique roman historique, mais Roland Godel s’est attaché non tant à la religion ou à la vie quotidienne à la fin du Moyen-Age qu’au phénomène de la misogynie, éternellement actuel. Gontrand autant que son père ne supportent pas les femmes qui leur sont différentes (c’est-à-dire supérieures, ce qui n’est pas très difficile vu les personnages), et profitent de l’ambiance de leur époque, de l’Inquisition et des multiples traités de sorcellerie pour laisser libre cours à leur haine. On en connaît d’autres encore aujourd’hui…

Les hommes ne sont d’ailleurs pas bien vus dans ce roman : même Jehan, figure positive, est d’une faiblesse désolante par rapport à Camée qui se bat jusqu’au bout pour vivre. Seul le vieux palefrenier ou le bon abbé tolérant, personnages asexués, sont sauvés du regard sans pitié, malheureusement si juste, de Roland Godel. Sérieux, intelligent, dans une enveloppe captivante."

  • Prix du roman historique jeunesse 2010
  • Prix Tatoulu 2010
     

Ebauches pour la superbe illustration de couverture, créée par Stéphanie Hans